Au bord du gouffre : la protection des océans d’ici 2030

Poissons vus sous l’eau, entourés d’algues.

Côtes et océan

Madie Stewart |

Nous devons protéger 30 % des océans, nous dit la science

La protection de 30 % des océans du Canada d’ici 2030 est une mesure audacieuse mais nécessaire pour préserver la nature, soutenir les pêches et appuyer les communautés côtières. Selon de nombreuses études, il s’agit de la superficie minimale à conserver pour éviter l’effondrement du système qui soutien toute la vie sur Terre.

Les aires marines protégées (AMP) créent l’espace nécessaire au rétablissement des écosystèmes océaniques. Les retombées sont immenses pour la vie marine, notre économie et le bien-être de toute la population canadienne.

L’objectif de 30 % est atteignable, mais le temps presse et les fonds consacrés à la nature expirent le 31 mars. Si le gouvernement ne renouvelle pas son investissement, les générations futures ne pourront plus profiter, comme nous, d’un océan riche et vivant. Nous devons agir dès maintenant.

La protection des océans, un enjeu primordial au Canada

Maisons près du bord de l'eau dans une ville portuaire canadienne
Photo : SammysWay

De nos jours, la surpêche et des activités industrielles comme la navigation commerciale et l’industrie des hydrocarbures extracôtiers fragilisent un système vital : celui qui soutient les pêcheries et les économies côtières, nourrit des communautés, maintient un climat stable et vivable et façonne l’identité canadienne. À moins de changer de cap, nous risquons de détruire des ressources naturelles qui assurent la subsistance de Canadiens et Canadiennes depuis des générations. Mais il y a plus : les menaces qui pèsent sur l’océan endommagent la trame même du système qui nous maintient en vie.

Portrait de la situation

Les écosystèmes océaniques sont tridimensionnels, interreliés et difficiles à restaurer une fois dégradés, contrairement aux écosystèmes terrestres, davantage visibles et plus faciles à superviser et à gérer. Les écosystèmes océaniques absorbent davantage de carbone et régulent plus efficacement le climat mondial que les systèmes terrestres. Leur protection est essentielle à la santé de notre planète. Les milieux marins protégés s’adaptent mieux aux effets des changements climatiques et contribuent à renforcer la résilience écologique.

L’objectif de 30 % n’est pas arbitraire

Des narvals émergeant de l’eau glacée.
Photo : Glenn Williams

Les AMP offrent des refuges sûrs aux espèces en péril, servent de zones de croissance pour les poissons juvéniles et contribuent à restaurer les stocks — mais à condition de couvrir une part suffisante de l’océan.

La recherche le montre : protéger 30 % des océans augmente la possibilité que des courants transportent des poissons juvéniles vers d’autres AMP, où leurs chances de survie et de reproduction sont nettement meilleures. À mesure que les populations de poissons se rétablissent, les économies locales de la pêche prospèrent. Par exemple, en Californie, la protection de 35 % des eaux côtières a entraîné une hausse remarquable de de 225 % des prises totales de homards en seulement six ans!

Dans l’Atlantique Nord, des réseaux d’AMP bien conçus protégeant 30 à 40 % des grands fonds pourraient préserver environ 75 % des espèces — comme les coraux et les éponges — qui fournissent un habitat à de nombreux autres animaux marins. Certaines études indiquent qu’une protection supérieure à 50 % entraînerait des retombées écologiques et économiques encore plus importantes.

Bientôt 2030 : le temps presse

Les écosystèmes océaniques ont besoin de temps pour se rétablir, et la prochaine décennie sera déterminante. La communauté mondiale a fixé des objectifs de biodiversité à l’horizon de 2050. Le Canada a honoré ses engagements antérieurs, notamment protéger 10 % de ses océans d’ici 2020, mais cela n’a pas suffi à contrer le déclin écologique.

De concert avec 196 pays, le Canada s’est ensuite engagé à protéger 30 % de ses océans d’ici 2030, un objectif plus ambitieux conçu comme une étape cruciale vers la durabilité à l’horizon de 2050. Notons toutefois que les AMP ne produisent pas leurs effets du jour au lendemain.

Il peut falloir au moins 15 ans pour observer les résultats de conservation les plus probants dans les AMP. Par exemple, des espèces à croissance lente, comme les coraux des grands fonds, peuvent être détruites en quelques secondes par le chalutage, mais nécessitent des décennies de protection pour redevenir un habitat de qualité où les poissons et d’autres espèces peuvent prospérer.

Assurer la réussite à long terme des aires marines protégées

Plantes aquatiques dans l'océan
Photo : Nick Hawkins – Gaspé, Québec

L’objectif de 30 % d’ici 2030 est une question non seulement de quantité, mais de qualité. Les AMP ne produisent des bénéfices durables que si elles sont bien conçues, gérées et financées. Elles sont particulièrement efficaces lorsqu’elles :

  • ont des bases solides, fondées sur la science et les savoirs locaux et autochtones;
  • sont vastes et composées de nombreux sites formant un réseau régional. Cela permet de poursuivre des activités comme la pêche et la navigation dans les aires non protégées avoisinantes tout en assurant la circulation des espèces entre des AMP bien protégées;
  • interdisent complètement les activités dommageables, telles que la pêche commerciale et l’exploitation minière;
  • sont bien financées, de manière à garantir leur bonne gestion.

Lorsque ces conditions sont réunies, les écosystèmes peuvent se rétablir et prospérer — mais cela prend du temps.

L’importance du 30 % d’ici 2030

Les activités industrielles, les changements climatiques et la perte de biodiversité exercent une pression sans précédent sur les écosystèmes marins.

Une solution existe, mais nous devons agir dès maintenant. Protéger 30 % des océans du Canada d’ici 2030 est un objectif fondé sur la science, réalisable et indispensable pour assurer un avenir durable.

Il s’agit du strict minimum pour continuer à bénéficier des services que nous rend l’océan.

Les faits le démontrent : lorsque nous donnons à la nature l’espace nécessaire pour se rétablir, les bienfaits rejaillissent sur les écosystèmes, les économies et les communautés.

Article écrit par :

Madison Stewart, Gestionnaire nationale, Programme Océan, à la SNAP Canada

Madie Stewart
Gestionnaire nationale, Océan
SNAP Canada

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