La lutte se poursuit pour une place à la table
Conservation menée par les Peuples autochtones | Côtes et océan | Gouvernement et politiques
Le leadership autochtone à la Conférence des Nations Unies sur les océans
Contrairement aux théories du complot qui circulent sur Internet, il semble parfois que l’ONU reconnaît à peine l’existence des peuples autochtones, malgré le fait qu’ils jouent un rôle de premier plan dans la gestion et la protection des côtes et des océans du monde entier depuis des générations.
En juin 2022, nous avons participé à la 2e Conférence des Nations Unies sur les océans, un rassemblement mondial pour parler des océans – de la protection des récifs coralliens à la décarbonisation des transports maritimes, en passant par le soutien aux petits pêcheurs. Mais un élément fondamental était totalement absent de l’ordre du jour officiel : les peuples autochtones. Oui, quelques délégués autochtones figuraient sur les panneaux latéraux ou dans les salles de négociation, mais plus par accident que par intention.
Nous avons décidé de changer cela.
Nous nous sommes lancés dans cette odyssée post-pandémique, en nous déplaçant de la côte reculée de la Colombie-Britannique à la ville effervescente de Lisbonne, au Portugal. Un voyage rempli d’escales, de masques et d’écouvillons nasaux que nous espérons vite oublier. Épuisés par le décalage horaire et survoltés par le café, nous avons attendu nerveusement le début de la rencontre prévue 8 h dans une petite salle de réunion de l’hôtel, en nous demandant s’il y aurait des participants.
Vers 8 h 30, toutes les chaises étaient prises, et les gens continuaient de rentrer dans la salle.

Un à un, des dirigeants autochtones du monde entier – de la Colombie-Britannique, de l’Arctique, du Labrador, de Fidji, de Hawaï, d’Australie, du Chili, de la Polynésie française, de l’Afrique – ont raconté des histoires de résistance et de résilience. Des salles du pouvoir à la Maison-Blanche, des hauts lieux de la Colombie-Britannique aux mangroves du Pacifique Sud, ces leaders ont partagé leur travail, leur sagesse, leurs espoirs et leurs inquiétudes. Des amitiés se sont formées, des liens se sont tissés, des connaissances ont été échangées.
Trois ans plus tard, en juin 2025, nous avons décidé de recommencer, mais en plus grand et plus audacieux. Avec un peu plus de confiance et beaucoup plus d’excitation.
Cette fois-ci, nous nous sommes rendus à Nice, en France, pour la 3e Conférence des Nations Unies sur les océans, avec le soutien de nos amis de l’Assemblée des Premières Nations, du Conseil de Nanwakolas, de l’Institut des ressources naturelles Unama’ki, de la Qikiqtani Inuit Association et de Nature United/CNC.
Pendant deux matinées, nous avons pris possession de l’Opéra de Nice, un grand bâtiment ancien et usé, riche de son histoire coloniale. Et non climatisé. Plus de 100 personnes étaient inscrites pour chaque jour, beaucoup plus que ce que nous pouvions accueillir. L’ambiance poussiéreuse de musée, faite de vieux velours et de planchers de bois franc, contrastait nettement avec l’énergie des conversations. Des dirigeants autochtones de partout au monde se sont réunis pour parler de leur travail, pour débattre de vérités difficiles et pour remettre en question un statu quo qui continue de les ignorer.
Ce fut une expérience extraordinaire et merveilleuse, mais épuisante.
Compte tenu du succès remporté à Lisbonne et des trois années de leadership exercé par les peuples autochtones en matière de conservation, nous avions sincèrement cru qu’il pourrait y avoir de la concurrence cette fois-ci. Mais une fois de plus, c’était le seul événement de toute la conférence conçu par et pour les peuples autochtones. Le seul espace dans lequel ils ont pu s’exprimer. Le seul espace à reconnaître que les solutions à notre crise océanique sont déjà vécues, mises en pratique et transmises, dans les communautés autochtones.
Cela ne devrait pas être ainsi.

Les communautés autochtones directement touchées par les changements climatiques et par l’élévation du niveau de la mer en temps réel dirigent activement certains des projets de conservation les plus novateurs et les plus efficaces au monde, réparant des décennies de dommages causés par des activités industrielles comme le chalutage de fond, la production de pétrole et de gaz et le développement survolté. Les peuples autochtones reconstruisent les écosystèmes et nourrissent les communautés en enseignant des méthodes de collecte traditionnelles et durables.
Et ils le font alors qu’ils doivent constamment lutter contre des entreprises cupides et des gouvernements ineptes qui profitent de la surpêche, qui exploitent les profondeurs de l’océan, qui développent chaque centimètre carré de littoral pour bâtir des ports industriels ou des centres de villégiature exclusifs, et qui transforment l’océan en une autoroute bruyante et polluée pour pétroliers et porte-conteneurs.
Et ils mènent ce combat en étant exclus des tables mondiales où se décident les politiques sur les océans. L’ironie est flagrante. Ceux qui accomplissent l’une des tâches les plus efficaces au monde en matière de conservation sont également ceux qui doivent se battre pour obtenir un siège à la table des négociations.
Il y a des lueurs d’espoir. La délégation officielle du Canada comprenait de nombreux dirigeants autochtones, et le nombre de participants autochtones à Nice a largement dépassé celui de Lisbonne. Il y a des progrès – lents, progressifs, mais réels.
Pourtant, il reste encore beaucoup à faire. Des organisations comme la SNAP Canada sont honorées de jouer un rôle essentiel en soutenant les dirigeants autochtones et en aidant à créer des espaces et des possibilités pour que les dirigeants autochtones puissent établir des liens et se faire entendre lors de réunions et de conférences. Mais il ne peut pas s’agir uniquement d’un événement parallèle organisé par des ONG.
Le 5e Congrès international sur les aires marines protégées (IMPAC5), tenu à Vancouver en 2023, a établi un précédent pour l’intégration et la reconnaissance du leadership et des valeurs autochtones. Le leadership autochtone était intégré à tous les aspects d’IMPAC5 : programme, comités de planification, etc. Il y avait un espace réservé pour les délégués autochtones afin qu’ils puissent se rencontrer dans le cadre de la conférence et d’un événement spécial du caucus autochtone.
C’est le modèle dont nous avons besoin pour progresser.

D’ici là, nous continuerons de nous manifester, de parler et d’encourager autrui à se joindre à nous.
Alors que nous nous tournons vers la prochaine Conférence des Nations Unies sur les océans, nous espérons qu’elle permettra aux peuples autochtones de ne pas avoir à se battre pour le droit de parole, et que ce droit sera d’amblée reconnu, respecté et centré.
Nous levons la main et remercions chaleureusement toutes les personnes qui ont appuyé notre événement à Nice. Vous avez contribué à créer quelque chose d’essentiel, et ce n’est qu’un début.
Article écrit par :

Abúk Danielle Shaw
Conseillère en chef élue
Nation des Wuikinuxv

Alex Barron
Directrice nationale, Océan
SNAP Canada