Défendons la côte nord du Pacifique
Côtes et océan | Gouvernement et politiques
L’urgence de protéger notre océan contre les reculs politiques et les grands intérêts corporatifs
J’habite sur l’île Quadra, en Colombie-Britannique, là où la mer des Salish rencontre la mer Great Bear. J’ai la chance d’y admirer les baleines faire surface et d’y acheter, directement sur le quai, des fruits de mer frais issus d’une pêche responsable. Je suis tombée amoureuse de ce petit coin de pays il y a plusieurs années et, depuis que j’ai rejoint l’équipe de la SNAP C.-B. en 2013, je me bats pour le protéger. À l’époque, nous nous mobilisions pour la première fois contre Enbridge et les pétroliers qui menaçaient ce littoral.
Mais aujourd’hui, mon espoir s’assombrit et la colère monte. La semaine dernière, le Canada a fait savoir qu’il était prêt à révoquer son moratoire sur le trafic des pétroliers dans la mer du Grand Ours. Je l’ai vécu comme une trahison : un geste politique qui confère plus d’importance aux profits de l’industrie qu’au littoral, à sa faune et aux communautés qui en dépendent.
Après des décennies de progrès, allons-nous vraiment tout risquer pour des gains à court terme?
Les habitats qui soutiennent nos baleines, nos harengs et nos saumons sont déjà mis à mal : les forêts de varech disparaissent, les étoiles de mer ont péri, et l’imprévisibilité et la vulnérabilité des populations de poissons provoquent des tensions entre les industries et les communautés.

Les baleines à bosse se rétablissent (tout en étant de plus en plus menacées par les navires rapides); le tourisme explose (bénédiction et malédiction quand on doit prendre un traversier); et des initiatives collaboratives, comme le plan de réseau d’aires marines protégées de 2022, s’efforcent de protéger certains des habitats et des espèces les plus importants et les plus vulnérables de la côte nord de la Colombie-Britannique. Dans ce contexte porteur d’espoir, la perspective de voir des pétroliers transporter du bitume au large n’a jamais été aussi menaçante.
Ce n’est pas seulement une question de politique : c’est personnel. En collaboration avec des gardiennes et gardiens de Premières Nations locales, mon partenaire suit l’état d’habitats essentiels comme les estuaires et les forêts de varech afin d’étudier les menaces qui les guettent et de mieux les protéger.
J’ai passé des années à protéger ce littoral et j’ai vu, de mes propres yeux, ce qui est en jeu. Je refuse de rester les bras croisés pendant que des décisions politiques mettent en péril ma région et l’avenir de ces côtes. Je me bats non seulement pour les baleines, les harengs et les saumons, mais pour nous toutes et tous, qui dépendons de la santé et de l’abondance de l’océan.
Ma détermination a été forgée par mon vécu. Avant de m’installer au Canada, j’ai grandi en Angleterre, où j’ai été confrontée pour la première fois aux marées noires à 17 ans. C’était lors d’un voyage scolaire de biologie à Scarborough, une petite ville côtière au bord de la mer du Nord. Je me souviens de l’horreur que m’a inspirée la découverte de boules de goudron recouvrant les bassins rocheux que nous étudiions.


Ce n’était ni la première ni la dernière fois que le pétrole souillait un endroit que j’adorais. À 10 ans, j’ai vu les images de bénévoles en combinaisons tentant désespérément de sauver des oiseaux de mer englués dans le pétrole à la suite du déversement de l’Exxon Valdez. Quatre ans plus tard, sur les plages des Shetland, où je passais mes étés, un liquide iridescent aux couleurs de l’arc-en-ciel a attiré mon attention. C’était un résidu d’hydrocarbures du pétrolier Braer échoué en 1993. Plus tard, jeune adulte, j’ai fait du bénévolat au Cap, en Afrique du Sud, pour aider à sauver et à réhabiliter les manchots africains après la marée noire du Treasure en 2000.
Ces souvenirs me hantent encore aujourd’hui. Je ne veux pas voir ma communauté en combinaisons de sécurité, un nettoyeur haute pression à la main pour décaper le goudron des rochers, ni en train de secourir des animaux englués. Les boules de goudron et les pétroliers n’ont pas leur place sur ces côtes. Baleines, poissons et êtres humains : nous dépendons toutes et tous de ces habitats. Voilà pourquoi, comme tant d’autres, je me battrai jusqu’à la fin de mes jours pour protéger ce littoral contre des décisions politiques qui servent les intérêts des multinationales et menacent nos moyens de subsistance.
Article written by:

Alex Barron
Directrice nationale
Programme Océan de la SNAP Canada
Il est temps d’agir.
Si vous vous souciez de l’avenir de la côte nord canadienne du Pacifique, prenez la parole. Contactez vos élues et élus locaux et faites entendre votre voix dans vos communautés. Envoyons un message clair aux responsables : la côte n’est pas à vendre et nous ne resterons pas les bras croisés tandis que des intérêts à court terme menacent nos moyens de subsistance, notre faune et notre avenir. Nous pouvons bâtir une économie forte tout en protégeant notre environnement. Nous n’avons plus le choix : nous devons faire les deux.
