Combler les lacunes en matière de politique d’infrastructure naturelle

Zones humides du parc national de la Pointe-Pelée
Photo : Zones humides du parc national de la Pointe-Pelée par John

Économie | Gouvernement et politiques

Peter van Dijk, James K. Stewart et Joanna Eyquem |

Une étape essentielle pour assurer le succès de l’édification nationale 

« La nature est au cœur de l’identité canadienne »

le roi Charles, discours du Trône de 2025

Avec l’annonce faite mi-septembre à Ottawa de cinq grands projets susceptibles d’être approuvés en procédure accélérée, et d’autres prévus plus tard cet automne, dans le cadre du Projet de loi C-5, la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, le Canada entre dans une nouvelle phase d’édification nationale.

La stratégie fédérale vise à renforcer la prospérité, la sécurité économique, l’autonomie et la défense du Canada tout en respectant les droits des Peuples autochtones et en protégeant l’environnement. Nous soutenons ces objectifs. Le Canada a besoin d’une exécution plus rapide des projets et d’investissements importants dans les infrastructures.     

Mais l’approche du gouvernement fédéral se heurte à des défis importants pour répondre aux préoccupations des Peuples autochtones et doit être considérablement améliorée pour corriger ses omissions flagrantes en matière de soutien et de valorisation des infrastructures naturelles.        

La stratégie d’édification nationale du Canada doit inclure la protection des infrastructures naturelles que nous n’avons pas construites, mais dont nous dépendons chaque jour.    

Les zones humides qui absorbent les eaux de crue, les forêts qui purifient notre air et les prairies qui stabilisent notre climat sont des systèmes essentiels qui soutiennent discrètement notre économie, notre santé et notre sécurité. Pourtant, ils restent invisibles dans la plupart des décisions concernant le développement.       

Une édification efficace de la nation nécessite des investissements dans le capital naturel, ainsi que la prise en compte et le maintien des avantages des services écosystémiques. Ce sont des conditions préalables essentielles à la réussite économique et à la qualité de vie au Canada.     

Vue des arbres dans le Parc Rouge
Photo : Parc Rouge par George
Vieille forêt avec de la mousse sur les arbres
Photo : Cathedral Grove par Ferenc

Fondement économique essentiel

Alors que la stratégie du gouvernement fédéral met l’accent sur l’extraction des ressources naturelles (p. ex. pétrole, gaz naturel et minéraux cruciaux qui fournissent des services d’approvisionnement économique), les actifs naturels qui fournissent des services d’infrastructure économique sont négligés. Pourtant, les recherches mondiales et le Recensement de l’environnement du Canada montrent clairement que des actifs tels que les zones humides, les prairies et les forêts fournissent des services de régulation et de maintenance essentiels, allant de la filtration de l’air et de la purification de l’eau à la fertilité des sols.  

Les actifs naturels et les écosystèmes constituent un soutien fondamental pour la productivité des entreprises, le PIB, le commerce et la santé de la main-d’œuvre. Les avantages économiques des infrastructures naturelles sont multiples par rapport à l’extraction des ressources naturelles. À elles seules, les zones humides fourniraient environ 225 milliards de dollars de services naturels chaque année.    

Atténuation et adaptation au changement climatique

Les arguments économiques en faveur des infrastructures naturelles sont encore plus convaincants face à l’accélération du changement climatique. L’importance du capital naturel doit être soulignée compte tenu des pertes croissantes causées par les phénomènes météorologiques extrêmes pour les ménages, les entreprises et les gouvernements. Les pertes catastrophiques couvertes par les assurances ont atteint à elles seules un montant record de 9,2 milliards de dollars en 2024, tandis que les pertes non couvertes sont estimées à trois fois ce chiffre. Pourtant, l’approche du gouvernement fédéral ne reflète pas le rôle clé des infrastructures naturelles dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.  

Les services rendus par les infrastructures naturelles, tels que la séquestration du carbone, la régulation des inondations et de la chaleur, sont également essentiels pour contenir les pressions fiscales exercées sur les gouvernements par l’escalade rapide des dépenses urgentes pendant et après les urgences climatiques et par l’augmentation des investissements du secteur public dans la résilience au changement climatique. Il est moins coûteux de maintenir ces services existants que de payer pour les remplacer à l’avenir.  

Leçons internationales

Les détracteurs de la réglementation environnementale canadienne soulignent les retards inutiles, le chevauchement des juridictions et/ou la prise en compte insuffisante des aspects économiques. Ces préoccupations sont légitimes, mais la solution ne réside pas dans la déréglementation, mais dans une surveillance plus intelligente, plus rationalisée et fondée sur des considérations économiques.  

Des pays tels que les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni et plusieurs pays nordiques ont mis en place des systèmes d’autorisation qui offrent à la fois rapidité et sécurité économique tout en reconnaissant la valeur matérielle des systèmes naturels. Bien que ces pays ne comptent pas de détenteurs de droits autochtones comme c’est le cas au Canada, leurs modèles montrent qu’il est possible d’accélérer l’approbation de grands projets sans sous-estimer les risques environnementaux à long terme ni compromettre la résilience des systèmes naturels.  

La Nouvelle-Zélande se distingue notamment par l’intégration des connaissances et des traditions juridiques autochtones dans son processus décisionnel en matière d’environnement.  

Valorisation et comptabilisation des infrastructures naturelles : un impératif politique

Rationaliser la réglementation environnementale sans reconnaître la valeur financière des infrastructures naturelles est une approche gravement erronée. Les comptes publics et les processus décisionnels économiques ne reflètent actuellement pas les coûts réels de la dégradation et/ou de la surexploitation des services que nous fournissent les actifs naturels. Il est donc impossible de déterminer si les projets qui ont un impact négatif sur les infrastructures naturelles sont véritablement dans « l’intérêt national ».  

Tous les niveaux de gouvernement doivent intégrer la comptabilité du capital naturel dans leurs cadres financiers et réglementaires, afin de permettre une meilleure prise de décision et une planification économique à long terme. Une norme comptable internationale officielle pour le secteur public est en cours d’élaboration afin de permettre la reconnaissance de la valeur des ressources naturelles directement dans les états financiers du gouvernement. Le Recensement de l’environnement recueille des données sur les actifs naturels qui pourront à terme servir à la comptabilité officielle des actifs naturels du Canada. Il est essentiel d’accélérer ces efforts.  

À l’avenir, le succès de la réorientation politique du Canada dépendra de l’adoption de politiques et de réglementations plus unifiées et plus efficaces, qui incluent la valorisation, la prise en compte et l’investissement dans les infrastructures naturelles comme partie intégrante de notre stratégie économique. Il s’agit là d’un fondement de l’économie canadienne et d’un élément essentiel pour lutter contre les changements climatiques.  

Article écrit par :

Photo de Peter van Dijk

Peter van Dijk est professeur adjoint à la Goodman School of Business de l’Université Brock et chercheur principal au C.D. Howe Institute. Il a mené des recherches et publié plusieurs articles sur l’impact du changement climatique.

Courriel : [email protected]

Photo de James K. Stewart

James K. Stewart est économiste, chercheur principal au C.D. Howe Institute, membre du comité consultatif de l’Intact Climate Centre et membre du conseil d’administration de l’Institut de recherche en politiques publiques.

Courriel : [email protected]

Photo de Joanna Eyquem

Joanna Eyquem est vice-présidente du Climate Risk Institute et occupe plus de 30 postes au sein de conseils d’administration et de comités consultatifs, dont celui de présidente du conseil d’administration de la Natural Assets Initiative.

Courriel : [email protected]

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