Patinez vers l’endroit où va la rondelle 

Des gens au loin qui patinent sur un lac gelé.
Photo : Jonas

Gouvernement et politiques

Jennifer-Lee Thomas |

Les personnes qui me connaissent savent à quel point je suis passionnée par deux choses : le marketing et le hockey. Après plus de 20 ans en marketing de causes et presque autant comme maman d’un gardien de but, j’ai appris que, dans ces deux univers, la réussite repose sur la capacité d’anticipation et le travail d’équipe.

Alors que les médias et la discours politiques utilisent les sondages pour opposer la nature à l’économie (comme s’il s’agissait de deux équipes rivales et qu’on devait choisir notre camp), je repense à un adage au hockey : « Ne patine pas vers la rondelle, mais vers l’endroit où elle ira. »

Dans le monde du hockey comme celui du marketing, les plus habiles ne courent pas après la rondelle, mais anticipent sa trajectoire. Les sondages captent les tendances de l’heure, mais la recherche révèle les dynamiques de fond, notamment celle-ci : les Canadiens(ennes) souhaitent une croissance économique qui va de pair avec un environnement sain.

Enfant jouant au hockey sur glace
Photo : Alexandr Vasilyev

Feux de forêt, canicules, pollution de l’air, contamination de l’eau potable… Partout au pays, ces problèmes sont de plus en plus fréquents. Des moyens de subsistance comme l’agriculture ou la pêche peinent à soutenir les économies locales. Lorsque notre océan, terre et eau douce se portent bien, notre économie aussi. Les Canadiens(ennes) l’ont compris; qu’attendent nos gouvernements?

Pour bien lire la situation, il faut dépasser le « noir et blanc » des sondages pour explorer la zone grise où convergent espoirs, inquiétudes et besoins. C’est là que nous nous rejoignons le plus, autour de valeurs communes qui définissent nos priorités à long terme et notre identité canadienne.

Les campagnes de marketing les plus efficaces ne se contentent pas de réagir à l’opinion du jour : elles comprennent les valeurs durables qui nous rassemblent et parlent de ce qui nous tient profondément à cœur.

Les lacunes des sondages

Les spécialistes du marketing sont, par nature, à l’écoute. Nous examinons des données, des témoignages et des conversations pour découvrir ce qui compte vraiment. Les sondages captent bien les opinions du moment, mais on ne prédit pas l’issue d’un match en fixant la rondelle à un instant précis. Se fier uniquement aux sondages, c’est un très mauvais plan de match. Il faut élargir le corpus de recherche pour que la magie opère.

Prenons les derniers sondages sur la protection de l’environnement et le développement économique. Les manchettes regorgent de chiffres sur l’opinion de la population canadienne, certains encourageants, d’autres moins, mais la réalité est bien plus nuancée.

Le récent protocole d’entente fédéral-provincial sur le développement énergétique constitue un bon exemple. Rédigés dans la hâte de présenter le débat comme une opposition entre développement et environnement, les sondages nous forcent à choisir un camp : l’accord est soit une victoire pour la croissance économique, soit une menace pour la nature.

Au-delà des sondages : les études de marché montrent que la nature fait partie de notre identité

Renard véloce assis dans la neige
Photo : Renard véloce par Robert Berdan

Les aperçus des sondages brossent le portrait d’une population tiraillée entre préoccupations économiques et environnementales. Pour provoquer des changements concrets et durables, nous devons creuser un peu plus loin que les résultats de tel ou tel sondage. Les sondages nous disent où se trouve la rondelle; les études de marché nous aident à comprendre où elle va. Elles révèlent les véritables convictions et aspirations de la population.

Une récente recherche de la SNAP Canada, fondée sur des échanges avec plus de 25 000 Canadiens(ennes)i, a permis de recueillir des points de vue de partout au pays. Plutôt que de nous concentrer sur un seul enjeu, nous avons pris le temps d’écouter ce qui compte pour ces personnes : leurs priorités, leurs préoccupations pour l’avenir et les éléments qui façonnent leurs valeurs personnelles.

En analysant les études et les sondages dans un contexte plus large, on voit clairement que les Canadiens(ennes) tiennent profondément à la nature. Ce n’est ni un luxe ni « un petit plus » : la nature est essentielle à leur bien-être, à leur prospérité et à leur identité. La population canadienne comprend qu’un environnement sain est un levier pour l’économie : il soutient les entreprises locales de nombreux secteurs comme le tourisme, la pêche, la foresterie, l’agriculture et les technologies propres. Les infrastructures naturelles, comme les milieux humides, protègent nos communautés contre les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et les feux de forêt, réduisant ainsi les coûts énormes des efforts de redressement.

Les Canadiens(ennes) souhaitent que les dirigeants protègent au moins 60 % de notre océan, terre et eau douce. La majorité estime que leur province n’en fait pas assez, et beaucoup jugent que la santé de la nature dans leur région s’est dégradée au cours de la dernière décennie.

Surtout, la population rejette l’idée qu’il faille choisir entre nature et développement. Elle souhaite une approche équilibrée : un développement intelligent qui préserve ce qui fait la richesse et la singularité de notre pays.

Au fond, elle veut des responsables qui ont la sagesse de prendre les décisions qui favorisent à la fois la croissance économique et la protection de l’environnement. Voilà le véritable progrès.

Miser sur nos valeurs communes pour éclairer les politiques et unir la population

Groupe de cerfs dans la neige
Photo : Ken Gillespie

Si vous avez déjà assisté à un match de hockey très serré dans un aréna bondé, vous savez ce que signifie le mot « unité ». Savez-vous quoi? Le pouvoir rassembleur de la nature est encore plus grand. Si notre amour pour le hockey est indéniable, les études de marché montrent toutefois que c’est la nature et la santé qui sont au cœur de notre identité nationale. Que l’on habite au centre-ville de Toronto ou dans une petite communauté du Yukon, nous accordons une grande importance à notre bien-être physique et mental, qui repose sur un air pur, une eau potable, des forêts saines et la chance d’apercevoir un orignal (ou du moins de prétendre l’avoir fait). Voilà les valeurs fondamentales que nous partageons d’un bout à l’autre du pays.

En tant que mère de gardien de but, je connais l’angoisse d’une période de prolongation. C’est le même sentiment qui m’habite face au débat sur la protection de la nature. Comme au hockey, les plus grandes victoires sont le fruit d’un travail d’équipe, pas d’une division créée par de faux dilemmes. 

Spécialistes du marketing et personnes engagées, nous devons amplifier ces valeurs partagées, raconter des histoires qui inspirent l’action et chercher sans relâche des terrains d’entente. Protéger la nature ne se limite pas à préserver des paysages vierges : c’est aussi honorer ce que nous sommes et ce que nous aspirons à devenir. La voie à suivre doit être tracée par ces valeurs communes qui nous unissent.

Invitons nos responsables, trop souvent les yeux fixés sur la rondelle, à ne plus appuyer leurs positions sur des sondages pris isolément. Cette approche les maintient à la traîne et les empêche de voir plus loin que le bout de leur bâton. En matière de nature, tout le monde souhaite que le Canada soit positionné pour compter. Nos gouvernements nous donneront-ils des raisons d’applaudir en 2026?

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