Bâtir ou démolir?

Groupe d’épaulards en Colombie-Britannique.
Photo : Groupe d’épaulards résidents du Sud en Colombie-Britannique — par Ronny Bas.

Économie | Gouvernement et politiques

Sandra Schwartz |

La nouvelle proposition fédérale visant à accélérer la mise en œuvre de projets d’intérêt national ne bâtira pas un Canada fort.

La plus récente proposition du gouvernement fédéral pour des projets « d’intérêt national » est en totale contradiction avec sa stratégie Une force de la nature, qui vient à peine d’être dévoilée. Elle menace les espèces en péril et prévoit la levée de protections environnementales qui, depuis des décennies, protègent les communautés et la nature contre les dommages industriels.

Après toutes ces années dans le domaine de la conservation, j’ai appris ceci : quand un gouvernement affirme soutenir la nature, ce sont les gestes qu’il pose ensuite qui dévoilent ses vraies couleurs.

Les enjeux

Si elles sont adoptées telles quelles, ces recommandations constitueront la pire agression contre la nature depuis des décennies.

Voici ce qui est proposé :

1. Permettre au gouvernement d’ignorer les protections juridiques des espèces en péril.

2. Créer des « zones économiques fédérales » où les règles habituelles ne s’appliquent pas.

3. Limiter le calendrier des études d’impact fédérales à seulement un an, indépendamment de la complexité du projet ou de la nécessité d’un délai supplémentaire.

4. Autoriser un ou une ministre à accorder des permis et des approbations, même si des habitats de poissons essentiels sont détruits pour faire avancer un projet.

Je voulais croire que ce gouvernement serait une force pour la nature, comme le premier ministre l’a promis à plusieurs reprises. Je voulais croire que nous avions enfin atteint un tournant décisif, où la protection de la nature est traitée comme la pierre angulaire de la sécurité, de la prospérité et de l’identité canadiennes, et non comme un simple luxe réservé aux périodes d’abondance.

Je pensais qu’avec Une force de la nature, nous avions progressé, que le gouvernement avait entendu ce que les Canadiens et Canadiennes répètent depuis des années : la protection de la nature est vitale. Si la récente stratégie pour la nature constitue un pas dans la bonne direction pour la conservation, notamment grâce au renouvellement du financement de travaux essentiels réclamé par la SNAP Canada, l’annonce qui a suivi m’a littéralement coupé le souffle. J’avais baissé ma garde, portée par l’espoir que ce gouvernement avait réellement à cœur de protéger la nature, les espèces et les gens qui peuplent ce magnifique pays. J’ai maintenant l’impression d’avoir reçu une claque en pleine figure.

Cette nouvelle proposition vise à accélérer la mise en œuvre de projets « d’intérêt national » en éliminant les garde-fous qui protègent l’intégrité environnementale, les droits autochtones et le bien-être des communautés.

C’est tout le contraire d’une vision d’avenir : s’ils sont adoptés, ces changements législatifs renverseront des décennies de progrès durement acquis en droit environnemental, nous ramenant à une époque où tout et n’importe quoi était permis. C’est l’antithèse de la promesse d’Une force de la nature : celle de concilier la protection de la nature et le développement du Canada de manière responsable, en reconnaissant enfin la valeur des actifs naturels dans nos décisions économiques.

La SNAP Canada est d’accord : nous devons éliminer les obstacles inutiles et réduire les délais d’approbation des projets. Cependant, la solution qui nous est proposée n’en est pas une.

L’affaiblissement des lois environnementales n’entraînera pas de meilleurs résultats, mais des bévues encore plus graves.

La SNAP Canada est très préoccupée

Groupe de caribous boréaux dans l’eau près de Wollaston, en Saskatchewan.
Caribous boréaux nageant près de Wollaston, Saskatchewan

Si cette proposition va de l’avant dans sa forme actuelle, nous pouvons dire adieu aux protections acquises au prix d’années d’efforts, celles-là mêmes qui garantissent notre eau potable, maintiennent nos habitats fauniques intacts, assurent la santé de notre secteur des pêches et protègent nos communautés contre les inondations, les incendies et les températures extrêmes. Même si les détails de cette proposition restent flous, elle n’augure rien de bon.

Lorsque les décisions sont prises sans examen, sans transparence et sans surveillance, ce sont la nature et les communautés locales qui en paient le prix. Il en va de même lorsque la science est mise de côté et que les intérêts des entreprises à court terme prennent le pas sur les bénéfices collectifs à long terme. La perte de biodiversité n’est pas seulement un enjeu environnemental : c’est aussi un risque économique qui perturbe les chaînes d’approvisionnement, fait grimper les coûts d’assurance et rend les catastrophes encore plus coûteuses.

Si le gouvernement souhaite sérieusement « Bâtir un Canada fort », l’harmonisation du développement et de la nature doit être plus qu’un simple slogan. Nous avons le droit de savoir comment sont prises les décisions qui affecteront nos terres publiques, nos plans d’eau et notre faune pour les générations à venir.

Bien bâtir le Canada, sans sacrifier la nature

La protection de la nature est une infrastructure d’intérêt national. Elle met du pain sur la table, soutient l’emploi et sous-tend les économies locales. En séquestrant le carbone dans le sol, elle empêche son accumulation dans l’atmosphère et réduit ainsi la quantité de gaz à effet de serre. En réduisant les risques de phénomènes météorologiques extrêmes, elle nous évite des réparations coûteuses.

Nous pouvons bâtir ce dont nous avons besoin, mais notre avenir économique sera tout sauf stable s’il s’appuie sur une fondation que nous avons déjà détruite.

Article écrit par :

Sandra Schwartz
Directrice générale nationale
SNAP Canada

Épaulards nageant près de la côte.

FAITES-VOUS ENTENDRE, CHANGEZ LES CHOSES

Le gouvernement demande aux Canadiens et Canadiennes de soumettre leurs commentaires sur cette proposition avant qu’elle ne soit présentée au Parlement pour examen et approbation.

Vous avez jusqu’au 22 juillet pour vous exprimer. Pouvons-nous compter sur vous pour défendre la nature?

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