Le temps presse et le travail n’est pas terminé

Une petite fille marchant dans la forêt avec sa grand-mère.

Biodiversité | Conservation | Gouvernement et politiques

Sandra Schwartz |

En ce début d’année 2026, il est difficile d’ignorer la gravité de la situation.

Le temps presse pour la nature. Perte de biodiversité à un rythme alarmant, inondations, feux de forêt et autres phénomènes météorologiques extrêmes, chaleur accablante ou froid polaire… La population canadienne est de plus en plus confrontée aux conséquences d’une planète en détresse. Les effets climatiques transforment nos forêts, nos côtes, nos systèmes alimentaires et nos communautés. Malgré ces rappels quotidiens de l’instabilité environnementale, la protection de la nature brille par son absence des communications et des politiques du gouvernement fédéral depuis le discours du Trône, en mai dernier.

En un moment pareil, ce silence est assourdissant.

À cette urgence s’ajoute une échéance on ne peut plus concrète. Le plus important financement fédéral pour la protection de la nature doit expirer le 31 mars. Ne pas le renouveler signifierait la fin de travaux de conservation essentiels et le possible gaspillage de toutes ces années à mener des recherches, à développer des partenariats, à gagner de l’élan et à bâtir la confiance. Nos progrès collectifs se transformeraient en projets inaboutis et les précédents investissements publics resteraient sans résultats.

En bref : un avenir incertain pour la nature expose les écosystèmes à de grands risques et prive les communautés des retombées qui leur ont été promises.

Animation montrant la perte de biodiversité en fonction du temps qui passe

La protection de la nature n’est pas un luxe

Orignal et son petit marchant dans un lac en forêt paisible, faune canadienne dans son habitat naturel.

Ces dernières années, l’abordabilité a été la principale préoccupation de nombreux Canadiens et Canadiennes, avec raison. Quand l’épicerie coûte cher, que le logement est hors de prix et que les factures d’électricité grimpent, la protection de l’environnement n’apparaît plus comme un enjeu aussi pressant. On s’en occupera plus tard, pas vrai?

C’est un faux dilemme.

La qualité de l’environnement est le fondement de notre stabilité en tant que nation. Elle sous-tend le bien-être individuel, les liens sociaux ainsi que l’économie locale et nationale. Nous dépendons entièrement de la nature. Sa protection n’est pas un article de luxe qu’on se permet de financer uniquement lorsque les choses vont bien. Elle met du pain sur la table. Elle soutient les pêches, l’agriculture, le tourisme et la pureté de l’eau. Elle réduit les conséquences économiques des catastrophes et protège les communautés contre les inondations, les incendies et les phénomènes météorologiques extrêmes.

Laisser les écosystèmes se dégrader, ce n’est pas faire des économies : les coûts réapparaissent plus tard, et ils sont bien plus élevés. Nous ne pouvons pas nous permettre d’affaiblir la protection de l’environnement au point de provoquer une crise généralisée.

Le progrès se construit pas à pas

Photo: Bumblebees on milk thistle by Jonathan Dakin

L’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises au fil de décennies à œuvrer pour la conservation, c’est que le changement est presque toujours le résultat de petits gains progressifs.

La protection de la nature se produit rarement avec fanfares et trompettes. Elle est le fruit d’un travail constant et somme toute ordinaire : un projet d’aire protégée qui survit à un autre cycle budgétaire, un partenariat communautaire qui se renforce, une politique ou un projet nuisible qui est suspendu, amélioré ou complètement abandonné.

Ces actions peuvent paraître désespérément modestes face à l’immensité des enjeux, mais au fil du temps, elles font une véritable différence. Parfois, surtout en période d’incertitude politique ou économique, tenir bon et simplement ne pas perdre de terrain est en soi un progrès significatif.

Le chemin parcouru est bien plus grand que nous ne l’imaginons

Il y a vingt ans, la conservation à grande échelle était une idée beaucoup plus marginale au Canada. Le leadership autochtone était trop souvent mis de côté. La protection marine, la connectivité écologique et les solutions climatiques fondées sur la nature n’étaient pas largement comprises ni adoptées.

Aujourd’hui, la situation est différente. Pas parfaite. Pas suffisante. Mais différente.

Nous avons fait de véritables progrès et il est important de prendre la mesure du chemin que nous avons parcouru ensemble. Plus que jamais, la population appuie la protection de la nature. Le rôle des peuples autochtones en tant que leaders de la conservation est de plus en plus reconnu. L’idée que la protection de la nature est essentielle à notre avenir collectif est plus largement acceptée.

Le progrès n’est pas linéaire. Il y a des années où l’on avance, et d’autres où l’on défend ses positions. Les deux importent.

Bourdons butinant des fleurs de chardon, pollinisateurs dans leur habitat naturel.
Photo : Des bourdons sur un chardon, par Jonathan Dakin

Choisir de ne pas baisser les bras

Donc, effectivement, l’année 2026 débute sous le signe de l’incertitude. L’attention politique est inexistante, des décisions de financement sont imminentes et les délais sont serrés.

Mais ce que nous choisissons de faire maintenant compte encore.

Chaque territoire protégé qui reste préservé.
Chaque espèce en péril qui vit un jour de plus.
Chaque lettre envoyée à nos décideurs pour les tenir responsables de leurs promesses.

Protéger la nature de notre pays n’a jamais été facile. Nous poursuivons le travail et le plaidoyer, et continuons de croire que le Canada peut assumer ses responsabilités envers les terres et les eaux qui nous font vivre.

Nous ne faisons pas ce travail parce que le résultat est garanti.
Nous le faisons par nécessité.
Et parce qu’ensemble, nous pouvons accomplir bien plus que ce que nous croyons.

Un homme pêchant avec son petit-fils.

Article écrit par :

Sandra Schwartz
Directrice générale nationale
SNAP Canada

Le temps presse

Le financement de la nature expire le 31 mars, interrompant ainsi des projets essentiels. Votre voix peut aider.

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