Le Canada s’engage à protéger la nature : celle-ci attend toujours

Jeune fille sur un belvédère en forêt, regardant une rivière au loin.
Lac Pink, parc de la Gatineau — Par Melinda Gilhen-Baker

Parcs et aires protégées | Terres et eaux douces

Melinda Gilhen-Baker |

Quand les « terres protégées » ne sont pas protégées par la loi

Le Canada va-t-il honorer son engagement à protéger 30 % de nos terres, de nos eaux douces et de nos océans d’ici 2030? Après l’élan formidable amorcé en 2022, le gouvernement se traîne les pieds, encore loin de l’avenir vert que nous espérions.

Lorsque le Canada a signé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal il y a quatre ans, il a pris un engagement envers la population canadienne et le monde entier. Le message était clair : la nature est notre plus grande richesse.

Notre bien-être dépend d’écosystèmes en santé. Ils préservent la qualité de notre eau potable, maintiennent nos habitats fauniques intacts et protègent nos communautés contre les effets des changements climatiques, comme les inondations, les incendies et les températures extrêmes.

Pourquoi l’objectif de 30 % d’ici 2030 est important

Quand la nature se porte bien, nous aussi. Protéger la nature, c’est :

  • Préserver des habitats sains pour la faune et la flore.
  • Lutter contre les changements climatiques.
  • Soutenir le leadership autochtone grâce à des aires protégées cogérées.
  • Veiller à ce que les générations futures puissent profiter des bienfaits de la nature.

L’engagement du Canada doit être sincère et s’accompagner d’un véritable plan précisant comment il compte atteindre cet objectif. Pourtant, malgré la récente Stratégie fédérale pour la nature, la dernière année a été marquée par une série de reculs en matière de politiques environnementales. Protéger 30 % d’ici 2030, une autre promesse creuse? Si l’on se soucie vraiment des incroyables ressources naturelles du Canada et des bienfaits avérés d’un écosystème sain, pourquoi ne pas joindre le geste à la parole?

La réalité : les « terres protégées » ne sont pas toujours protégées par la loi

Le problème tient en partie à la terminologie et à un système de désignations inutilement complexe, qui peut donner l’impression que des milieux importants sont juridiquement protégés, alors que ce n’est pas le cas : leur valeur écologique a simplement été reconnue. Mais on ne protège pas les terres et les eaux publiques à coups d’appellations prestigieuses et de beaux discours. Il faut aussi inscrire cette protection dans la loi.

Voici la définition officielle d’une aire protégée selon l’UICN : « Un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré par des moyens efficaces (juridiques ou autres) afin d’assurer à long terme la conservation de la nature. » Une aire protégée devrait être exactement ce que son nom laisse entendre : un territoire clairement délimité, protégé par la loi et réservé à la nature pour qu’elle puisse s’épanouir.

Cependant, de nombreuses aires figurant dans la base de données canadienne sur les aires protégées et de conservation (BDCAPC) sont comptabilisées dans l’objectif de 30 % même si elles ne correspondent pas à cette description et risquent d’être surexploitées, dégradées et, dans certains cas, détruites.

Il est temps de faire preuve de transparence et de protéger autrement que sur papier. Le gouvernement doit confirmer que la nature est une priorité et qu’elle ne sera pas sacrifiée lorsque de nouveaux projets seront proposés ou que le pouvoir passera à d’autres mains.

Recul des protections

Parc provincial de Wasaga Beach

L’Ontario a retiré des protections d’une grande partie de la plage de Wasaga Beach pour transférer des terres à la municipalité, faisant passer le développement avant la nature. Cette décision accentue les menaces qui pèsent sur les fragiles habitats de la plage, sur les espèces en péril et même sur le pluvier siffleur, une espèce en voie de disparition.

Trees on the Sugarbush Trail viewed from below, their branches forming a canopy.
Sugarbush Trail, Gatineau Park — By Melinda Gilhen-Baker

Gros plan sur le parc de la Gatineau

Jeune garçon les pieds dans l'eau au bord du lac Meech.
Lac Meech, parc de la Gatineau — Par Melinda Gilhen-Baker

Le parc de la Gatineau constitue un exemple flagrant de cette protection illusoire. Bien qu’il porte officiellement le statut de parc, il ne bénéficie pas des protections qu’on pourrait attendre d’une telle désignation. Cet espace vert de 361 km², situé au nord de la région de la capitale nationale, est une destination très prisée pour les activités récréatives en pleine nature. Environ 2,6 millions de personnes le visitent chaque année, et pourtant très peu savent qu’il risque de disparaître sous la pression du développement urbain et de l’expansion des infrastructures.

Situé dans la zone de transition entre la forêt boréale au nord et, au sud, la forêt tempérée de l’est des basses-terres du Saint-Laurent, le parc abrite un mélange unique d’espèces végétales et animales qui, d’ordinaire, ne se côtoient pas. Le rare écosystème du parc de la Gatineau abrite le plus grand nombre d’espèces en péril parmi tous les parcs du Québec. Pourtant, il ne bénéficie d’aucune protection juridique.

Malgré son évidente valeur écologique et culturelle, le parc n’a actuellement aucune limite clairement définie, et sa gestion par la Commission de la capitale nationale (CCN) est largement axée sur les activités récréatives, au risque d’oublier que son principal attrait pour la population locale réside en fait dans son cadre forestier paisible. En l’absence de véritables mesures de protection, le parc de la Gatineau a perdu de nombreux kilomètres carrés d’habitat au profit d’aménagements incompatibles au cours des dernières années et est confronté à un empiétement urbain accru et à une nouvelle perte d’habitat. Les plans visant à construire un immense hôpital de 600 lits à son extrémité sud-est sont d’ailleurs déjà bien avancés.

Limites du parc revues à la baisse

SNAP Sud de l’Alberta

En 2024, l’Alberta a adopté une loi qui ouvre la porte au retrait du statut de certains parcs provinciaux et à la privatisation de terres publiques. En créant des « zones » d’aménagement bénéficiant d’un traitement particulier, l’All-Seasons Resort Act (Loi sur les centres de villégiature toutes saisons) pourrait permettre à des projets d’aller de l’avant sans passer par les contrôles environnementaux habituels.

Malgré tout cela, le gouvernement canadien compte le parc de la Gatineau parmi les aires « protégées » dans le calcul de sa cible de 30 %. Combien d’autres milieux au pays font ainsi gonfler les chiffres au moyen de calculs trompeurs? Quel pourcentage de nos terres et de nos eaux est réellement protégé?

Projet de loi S-229

La SNAP Vallée de l’Outaouais se bat depuis des décennies pour protéger le parc de la Gatineau. Elle a réussi à bloquer la construction de nouvelles routes et d’autres projets d’aménagement préjudiciables. Il est grand temps que le gouvernement respecte ses promesses et fasse sa part.

La SNAP Vallée de l’Outaouais demande au Parlement d’adopter le projet de loi S-229 afin d’inscrire les limites du parc dans la loi, de faire de la conservation de la nature la principale priorité de gestion du parc et de privilégier la gestion autochtone du territoire. Merci à toutes les personnes qui continuent de se battre pour la nature, notamment à la sénatrice Rosa Galvez et à la députée Sophie Chatel, qui appuient le projet de loi. Vous aussi, vous pouvez aider la SNAP Vallée de l’Outaouais à faire adopter le projet de loi.

Vous n’avez pas besoin d’habiter près du parc de la Gatineau pour que votre signature compte. Toute personne au pays peut soutenir un projet de loi fédéral. Ensemble, contribuons à ajouter un parc de plus à la liste des aires officiellement et perpétuellement protégées du Canada.

Terrain de golf refusé! Un parc provincial sauvé

CPAWS Nova Scotia

C’est la troisième fois que des groupes comme la SNAP N.-É. et la population locale s’unissent pour protéger le parc provincial West Mabou Beach contre des projets d’aménagement qui ne tiennent pas compte de son immense valeur. Grâce à la mobilisation et aux campagnes menées localement, le projet de terrain de golf a été rejeté, ce qui a permis de préserver des habitats essentiels et des espèces en péril. Malgré cette grande victoire, la lutte se poursuit pour améliorer la loi encadrant les aires protégées qui ont été promises.

Photo de Mélinda Gilhen-Baker, Gestionnaire des communications et de la sensibilisation à la SNAP de la Vallée de l'Outaouais

ARTICLE ÉCRIT PAR:

Melinda Gilhen-Baker
Gestionnaire des communications et de la sensibilisation
SNAP Vallée de l’Outaouais

Lac au coucher du soleil

NOUS Y SOMMES PRESQUE!

Ce moment est le fruit de nombreuses années de travail. Nous sommes tout près de voir le projet de loi S-229 être adopté par le Parlement, ce qui accordera enfin au parc de la Gatineau la protection et la reconnaissance qu’il mérite.

Nous avons encore besoin de votre appui pour franchir la ligne d’arrivée!

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