Réécrire la valeur de la nature au Canada

Conservation | Économie

James K. Stewart |

Perte d’habitats, feux de forêt dévastateurs, graves inondations, épisodes de chaleur extrême… Face à ces phénomènes de plus en plus fréquents au pays, un constat s’impose : le travail de la SNAP Canada est aujourd’hui plus important que jamais.

En plus de ses efforts de conservation et d’action sur les politiques publiques, la SNAP mène aujourd’hui des recherches sur les importants avantages économiques et financiers des actifs naturels. Cette initiative mérite qu’on s’y attarde. Je suis donateur de la SNAP depuis plus d’une dizaine d’années et j’ai également corédigé plusieurs articles publiés par l’organisation. Je souhaite ici mettre l’accent sur cette importante initiative de la SNAP, compte tenu de l’intensification rapide des défis liés à la politique environnementale et au changement climatique au Canada.

Depuis des décennies, l’économie en général et la plupart des politiques économiques et budgétaires du fédéral et des provinces tardent à reconnaître l’importance de la nature. Pendant trop longtemps, on a considéré que la valeur économique de la nature se limitait aux ressources pouvant être directement extraites et vendues, comme les aliments, le poisson ou le bois. La nature fournit de l’air et de l’eau propres, régule le climat et procure une multitude d’autres bienfaits immatériels qui sont presque complètement absents des marchés et des théories économiques conventionnelles.

Cette absence tend à masquer le rôle fondamental de la nature dans l’économie, si bien que la plupart des provinces ne reconnaissent pas suffisamment son importance financière et budgétaire. À l’échelle fédérale, malgré plusieurs piliers politiques forts louables de la stratégie du Canada pour protéger la nature et d’autres annonces, les efforts d’Ottawa demeurent inégaux et manifestement insuffisants.

Heureusement, l’idée selon laquelle il faut investir dans la nature et la protéger est de plus en plus reconnue dans les milieux économiques, financiers et budgétaires, notamment au sein d’institutions financières et de municipalités tournées vers l’avenir. Leurs efforts se poursuivent en dépit de discours populistes et trompeurs qui présentent l’économie et l’environnement comme étant en opposition, alors qu’en réalité, c’est tout le contraire : la nature est le fondement de toute activité économique.

Photo : Rouge Park, par Jennifer Berney

Lorsqu’il est question d’intégrer la nature aux décisions économiques, le Canada est à la traîne par rapport à des pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Nous avons beau faire partie des 98 États qui compilent des données selon la norme des Nations Unies permettant de mesurer les contributions environnementales et économiques des pays, le fédéral et les provinces n’utilisent pas ces données pour orienter leurs politiques économiques et budgétaires.

Il en va de même pour la comptabilisation et la budgétisation de la nature. Des progrès notables ont été réalisés dans certains domaines, mais les gouvernements fédéral et provinciaux tardent à suivre l’exemple d’autres pays qui inscrivent la nature dans leurs bilans. L’organisme canadien de normalisation de la comptabilité du secteur public étudie cette question depuis de nombreuses années. Pourtant, même après la publication de la norme internationale pour la comptabilisation et la divulgation des actifs naturels en décembre 2025 (la norme officielle reconnue à l’international), l’organisme n’a toujours pas adopté ni intégré cette norme.

Cette lacune du Canada entraîne inévitablement des budgets inadéquats, des politiques économiques déficientes et une protection insuffisante du capital naturel. La nature reste reléguée au second plan, relativement ignorée et sous-estimée dans la plupart des sphères de décisions des secteurs public et privé.

Dans ce contexte difficile, la création par le fédéral d’un groupe de travail sur la comptabilisation du capital naturel et le financement de la nature représente un progrès encourageant. Le groupe de travail pourrait contribuer à accélérer les efforts déjà déployés au Canada et encourager le gouvernement fédéral à s’appuyer sur les pratiques exemplaires utilisées ailleurs dans le monde.

Mais la création du groupe de travail ne constitue qu’une étape. Il est essentiel et urgent de progresser dans des domaines qui vont au-delà de son mandat. Il faut notamment améliorer la budgétisation et d’autres décisions stratégiques afin qu’elles reflètent véritablement la valeur de la nature et les coûts qui lui sont associés. Des démarches devraient déjà être en cours pour améliorer la comptabilisation des actifs naturels, la gestion des risques liés à la nature et le financement de la nature.

Le rôle fondamental de la SNAP Canada

Photo: BalanceFormCreative

LES AIRES PROTÉGÉES ET DE CONSERVATION (APC) DU CANADA

  • Les APC ont contribué pour 10,9 milliards de dollars au PIB canadien.
  • Les APC stockent une
    quantité de carbone qui
    équivaut aux émissions
    de 57,8 milliards de
    voitures!
  • Pas moins de 84 % de la
    population canadienne
    affirme que les APC
    améliorent la santé et le
    bien-être.
  • Les femmes considèrent
    souvent ces espaces
    comme essentiels à la
    santé des enfants et au
    développement familial.

L’étude Largement appréciées mais insuffisamment
valorisées
, publiée par la SNAP Canada en 2026, est un document essentiel pour aider le public à comprendre les avantages économiques des aires protégées. Son analyse exhaustive met en évidence les retombées considérables des parcs et espaces conservés canadiens sur l’économie, les salaires, l’emploi et les recettes fiscales. Par ailleurs, l’approche holistique adoptée dans ce rapport met également en lumière l’importance majeure des services économiques intangibles fournis par la nature, ainsi que les vastes bienfaits culturels, environnementaux, sanitaires et récréatifs qu’elle procure.


Les données issues de cette recherche aident la SNAP à demander des comptes à Ottawa et aux provinces
quant aux effets de leurs politiques sur les espaces naturels et la biodiversité. Ce travail restera essentiel dans un contexte où le fédéral cherche à accélérer l’approbation de grands projets et à favoriser des investissements d’envergure dans la défense, le logement et les infrastructures. Il est clair que l’évaluation des projets doit être rationalisée. Cependant, rationaliser ne veut pas dire démanteler. Les évaluations environnementales resteront déficientes si elles continuent d’ignorer les effets sur la nature et le véritable coût du développement

La SNAP Canada poursuit ses activités de financement pour soutenir les aires protégées existantes, créer de nouveaux parcs et conserver la nature, une mission qui demeure plus nécessaire que jamais. Son travail avec ses partenaires autochtones se démarque également. Les pratiques et les savoirs autochtones sont indispensables à la préservation et à la pérennité de la nature au Canada, et les partenariats de la SNAP constituent un levier essentiel pour favoriser leur adoption à l’échelle nationale et provinciale. 

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