La nature est au coeur de l’économie.
Conservation | Économie
L’occasion pour le Canada de faire de la nature un élément déterminant de la prise de décision
Le Canada possède l’un des portefeuilles d’actifs naturels les plus riches au monde, mais notre système continue de traiter la majeure partie de la nature comme si elle était dépourvue de valeur économique.
Les forêts, les milieux humides, les rivières, les prairies, les littoraux et les océans fournissent les services écosystémiques sur lesquels repose notre économie. Ils contribuent notamment à l’approvisionnement en eau potable, à la protection contre les inondations, au stockage du carbone, à la pollinisation, au maintien de la santé des sols, à la régulation du climat, aux loisirs et à la préservation de la biodiversité.
La nature, ce n’est pas simplement un paysage ou un agrément environnemental : c’est un capital productif essentiel, et sans doute le principal actif d’infrastructure du Canada.
Pourtant, elle demeure largement absente des systèmes financiers et gouvernementaux qui orientent les décisions économiques, budgétaires, d’infrastructure et d’investissement.

Le véritable problème, ce n’est pas l’absence de valeur de la nature, mais son invisibilité.
Comme de nombreux services écosystémiques sont dépourvus de prix de marché, les avantages qu’ils procurent sont sérieusement sous-évalués et ils se retrouvent souvent exclus des budgets, des analyses coûts-avantages, des rapports financiers et des décisions d’investissement.
Un milieu humide qui réduit les risques d’inondation, une forêt qui régule les débits d’eau ou un écosystème qui soutient la biodiversité : ces bénéfices ont une valeur économique, mais celle-ci peut sembler négligeable simplement parce qu’elle n’est pas mesurée de façon systématique.
Les conséquences de cette absence de valorisation sont de plus en plus manifestes. La dégradation de la nature accroît les risques d’inondations, de feux de forêt et de sécheresses, contribue au déclin de la biodiversité et réduit la résilience des écosystèmes, ce qui fait grimper les coûts pour les pouvoirs publics, les entreprises, les compagnies d’assurance, les milieux de l’investissement et les ménages. Tant que la valeur de la nature ne sera pas adéquatement prise en compte, ces coûts continueront d’augmenter de façon beaucoup plus marquée.

Selon les estimations du gouvernement fédéral, la valeur annuelle des services écosystémiques fournis par la nature au Canada s’élève à au moins 3,6 billions de dollars. Ce chiffre est stupéfiant, mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est que la valeur de ces bénéfices demeure largement absente des décisions qui façonnent l’économie canadienne. Plutôt que de comparer cette estimation au PIB d’une année donnée, le Canada devrait œuvrer pour que l’immense contribution de la nature soit visible et prise en compte dans les décisions.
Heureusement, des solutions pratiques commencent à voir le jour.
Plus de 50 pays élaborent des comptes des écosystèmes en s’appuyant sur le Système de comptabilité environnementale et économique des Nations Unies. Grâce à de nouvelles normes internationales, il est plus facile pour les organisations de mesurer le capital naturel, d’intégrer la biodiversité dans leurs stratégies et de viser un gain net de biodiversité. Le Groupe de travail sur les informations financières relatives à la nature aide les entreprises et le milieu de l’investissement à évaluer les risques et les possibilités liés à la nature. La comptabilité du secteur public évolue également grâce à la norme internationale IPSAS 51, qui fournit des orientations sur la comptabilisation ou la présentation d’informations relatives à certaines ressources naturelles détenues à des fins de conservation.
Ensemble, ces initiatives témoignent d’un virage important : la nature est de plus en plus considérée non seulement comme une question environnementale et sanitaire, mais aussi comme un enjeu économique, financier, d’infrastructure, de sécurité et de gestion des risques.
Le Canada ne part pas de zéro. Statistique Canada met au point des comptes du capital naturel dans le cadre de son Recensement de l’environnement. Plus de 180 municipalités inventorient leurs actifs naturels et les gèrent comme des infrastructures. Les organismes de normalisation canadiens élaborent des lignes directrices sur les inventaires d’actifs naturels, leur état, les risques qui y sont associés et les coûts liés à leur cycle de vie. Ottawa entend également créer un groupe d’experts sur la comptabilité du capital naturel et du financement de la nature, qui contribuera à relier ces travaux et à en accélérer la mise en œuvre.

Quatre mesures concrètes devraient guider la suite des travaux.
- Premièrement, le Canada doit accélérer l’élaboration des comptes du capital naturel et l’évaluation des services écosystémiques. Les autorités ne peuvent gérer, protéger, restaurer, ni financer efficacement des actifs naturels qu’elles ne mesurent pas de façon systématique.
- Deuxièmement, les actifs naturels doivent devenir un élément courant de la planification des infrastructures, des politiques budgétaires, des évaluations régionales et du développement économique à long terme. Les écosystèmes sains peuvent compléter, voire remplacer, les infrastructures grises traditionnelles tout en réduisant les coûts et en renforçant la résilience climatique.
- Troisièmement, le Canada doit mobiliser davantage de capitaux publics, philanthropiques et privés pour la conservation, la restauration et la gestion durable de la nature. Les accords sur la forêt pluviale de Great Bear constituent un précédent canadien remarquable. Largement reconnus comme le tout premier modèle au monde de financement de projets pour la permanence (FPP), ces accords combinent un financement de la conservation à long terme, une intendance dirigée par les Premières Nations et des possibilités de développement économique.
Le Canada étend maintenant ce modèle au moyen d’initiatives dirigées par des Autochtones, comme le FPP de la mer de Great Bear. Ces exemples démontrent que la conservation, la réconciliation et le développement économique peuvent se renforcer mutuellement. - Enfin, le Canada doit se préparer à intégrer plus pleinement la nature dans les rapports et la comptabilité du secteur public. Le point de départ, ce n’est pas la comptabilité, mais l’amélioration des pratiques de mesure, d’évaluation, de gestion et d’investissement. Il faut également commencer dès maintenant à élaborer des lignes directrices et des méthodologies cohérentes pouvant être intégrées à un cadre comptable. Un actif naturel n’a pas nécessairement à figurer au bilan d’un gouvernement pour qu’on en tienne compte dans la prise de décision. En présentant des informations utiles même avant qu’elles ne fassent l’objet d’une reconnaissance comptable officielle, on peut améliorer la transparence et la reddition de comptes.

L’expérience internationale confirme la pertinence de cette approche pragmatique. Le Royaume-Uni a intégré le capital naturel dans l’évaluation des investissements publics sans inscrire d’abord les écosystèmes au bilan de l’État. Les Pays-Bas ont intégré la comptabilité écosystémique dans leur planification nationale. Ces exemples illustrent un principe fondamental : on peut tenir compte de la nature dans les décisions bien avant qu’elle ne figure au bilan comptable.
Le Canada gère l’un des portefeuilles d’actifs naturels les plus importants du monde. Cependant, ces actifs continueront d’être sous-évalués, mal gérés et insuffisamment financés tant qu’ils demeureront invisibles dans nos systèmes économiques.
Rendre la nature visible n’est pas simplement un objectif environnemental. C’est un impératif et un élément central de notre stratégie économique et de l’intérêt national. Cette démarche renforcera la compétitivité, la productivité, la résilience et la prospérité à long terme, tout en protégeant les systèmes naturels dont dépend la population canadienne.

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La nature est l’un des plus grands atouts du Canada. Il est temps de commencer à la traiter comme telle.
Découvrez pourquoi rendre la nature visible dans nos systèmes économiques pourrait renforcer la résilience, la prospérité et l’avenir du Canada.
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