Vivre avec le feu : repenser la résilience aux feux de forêt au Canada
Changements climatiques | Conservation menée par les Peuples autochtones
Depuis des milliers d’années, le feu façonne les forêts du pays. Il renouvelle les écosystèmes, recycle les nutriments, crée des habitats et favorise la régénération des espèces adaptées aux incendies. Depuis longtemps, les peuples autochtones ont recours à des brûlages soigneusement contrôlés pour assurer la gestion du territoire, favoriser la biodiversité et préserver la santé des écosystèmes.
Bon nombre des milieux naturels que nous chérissons aujourd’hui ont évolué au rythme d’incendies périodiques dont ils dépendent pour demeurer résilients et écologiquement sains. Le problème, ce n’est pas que les forêts brûlent, mais que les changements climatiques et les activités humaines ont modifié les conditions qui déterminent où, comment et dans quel contexte les incendies surviennent. Les saisons des feux de forêt deviennent plus longues et plus intenses, et les conséquences s’alourdissent. Nous ne pouvons pas maîtriser chaque incendie, mais nous pouvons au moins réduire notre vulnérabilité.
Cette réalité appelle à un changement de mentalité. Plutôt que de chercher un moyen de prévenir tous les feux de forêt, nous devrions nous demander comment les politiques, l’aménagement du territoire et les investissements peuvent réduire les risques de catastrophe. La lutte contre les feux de forêt continuera de jouer un rôle important dans la protection des vies et du patrimoine, mais elle ne peut résoudre le problème à elle seule. Le Canada doit adopter une approche axée sur la préparation et la résilience et apprendre à vivre avec le feu de façon sûre et durable.
L’évolution des feux de forêt transforme notre façon de voir les changements climatiques, la sécurité publique, les écosystèmes et les liens entre la population et la nature. Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront dans quelle mesure les forêts et les collectivités du Canada sauront faire face aux défis à venir.
Points à retenir
- Les feux de forêt sont un phénomène naturel, et non un problème que l’on peut éliminer.
- Différents territoires nécessitent différentes approches, allant de la protection des communautés à la conservation des écosystèmes.
- Le leadership autochtone doit faire partie intégrante de l’avenir de la gestion des feux de forêt au Canada.
- Le Canada a besoin d’une stratégie nationale coordonnée pour apprendre à vivre avec le feu.
Photo : SNAP – Section Alberta Nord

Écosystèmes sains, écosystèmes résilients
Vivre avec le feu, c’est aussi reconnaître que la santé des forêts contribue à leur résilience. Les écosystèmes en santé sont souvent bien plus aptes à résister aux perturbations comme les feux de forêt et à se régénérer, tandis que la fragmentation des habitats, la perte de biodiversité et la dégradation exacerbent la vulnérabilité des forêts aux pressions croissantes exercées par le développement industriel et les changements climatiques.
Une forêt en santé, c’est bien plus que des arbres qui se tiennent debout. Un territoire peut être classé comme une forêt tout en ayant perdu nombre des caractéristiques qui soutiennent la faune et la flore, stockent le carbone, régulent le débit de l’eau et maintiennent les fonctions écosystémiques. Se concentrer uniquement sur le couvert forestier peut masquer ces changements et limiter les efforts visant à renforcer la résilience.
La conservation est donc l’un des outils à notre disposition pour lutter contre les feux de forêt. La protection des forêts, des tourbières et des milieux humides et la connexion des espaces naturels peuvent contribuer à la biodiversité, à l’atteinte des objectifs climatiques et au bien-être des collectivités. La conservation ne remplacera jamais les interventions d’urgence ni l’aménagement forestier, mais elle représente un élément essentiel de la résilience aux feux de forêt.
Utiliser les bons outils aux bons endroits

Pour être efficace, la gestion des feux de forêt ne peut pas reposer sur une solution unique appliquée uniformément. Le gros bon sens, c’est d’utiliser les bons outils aux bons endroits : ce qui est pertinent à proximité d’une ville, d’une communauté autochtone, d’une infrastructure essentielle ou d’une voie d’évacuation peut ne pas convenir à une forêt éloignée ou relativement intacte.
À proximité de communautés, des programmes comme Intelli-feu Canada montrent que des mesures concrètes — telles que l’élimination des matières inflammables autour des habitations, l’utilisation de matériaux de construction résistants aux incendies, l’éclaircissement de la végétation dense et l’amélioration de la planification des interventions d’urgence — peuvent réduire les risques liés aux feux de forêt et aider les communautés à se préparer aux situations d’urgence.
Plus on s’éloigne des collectivités, plus l’accent peut être mis sur l’intégrité écologique et la résilience naturelle grâce à la conservation, à la connectivité des habitats, à l’intendance autochtone et à la protection des milieux intacts. Dans les forêts où l’exploitation forestière est importante, la gestion devrait viser à renforcer la résilience en favorisant une plus grande diversité d’arbres, en augmentant la proportion d’essences plus résistantes au feu et en ayant recours à des pratiques comme l’éclaircissement des arbres.
L’objectif n’est pas de gérer toutes les forêts de la même manière, mais de prendre des décisions stratégiques, adaptées à chaque endroit : on réduit les risques là où la population et les infrastructures sont menacées, tout en soutenant la santé et la résilience des régions forestières à long terme.
Le leadership autochtone doit être au cœur de cette approche
Depuis des millénaires, les peuples autochtones occupent des territoires adaptés au feu. Ils ont développé des relations complexes avec le feu, relations qui ont contribué à façonner les écosystèmes et à favoriser la biodiversité. Grâce au brûlage culturel et à d’autres pratiques d’intendance, les nations autochtones savent depuis longtemps que le feu peut être géré de manière à favoriser la santé des écosystèmes et le bien-être des communautés.
Partout au Canada, des initiatives de conservation et des programmes d’intendance dirigés par des Autochtones renforcent la résilience des écosystèmes et soutiennent des collectivités qui doivent composer avec la menace croissante des feux de forêt. De nombreuses communautés autochtones comptent parmi les plus durement touchées par les feux de forêt. Aussi, le leadership autochtone doit être au cœur de toute réponse efficace et équitable.
L’élaboration des politiques et des programmes de lutte contre les feux de forêt et la dégradation forestière ne doit pas se limiter à la simple consultation des peuples autochtones, mais doit privilégier de réels partenariats et une gouvernance partagée.
Le Canada a besoin d’une stratégie coordonnée pour apprendre à vivre avec le feu

Depuis des années, la réponse du Canada aux feux de forêt se résume principalement à répondre aux urgences à mesure qu’elles surviennent. Les interventions d’urgence, même si elles seront toujours nécessaires, ne permettent pas de s’attaquer aux conditions sous-jacentes qui augmentent les risques, comme la dégradation des forêts, la perte de biodiversité, l’aménagement inadéquat du territoire et les changements climatiques.
Les nations autochtones, le milieu de la recherche, les organisations de conservation, les communautés locales et les gouvernements proposent déjà des solutions axées sur l’intendance, la conservation, la surveillance et la gestion des feux de forêt. L’heure est maintenant venue de coordonner ces efforts au moyen de politiques et d’investissements qui réduisent les risques de catastrophe.
La SNAP Canada contribue à ce travail : elle a réalisé une revue de la littérature et publié la ressource La résilience aux feux de forêt plutôt que la prévention des risques (en anglais), qui souligne les occasions de réduire les risques de feux de forêt tout en favorisant la biodiversité, l’intendance autochtone et la résilience climatique.
Le Canada a maintenant besoin d’une stratégie nationale pour apprendre à vivre avec le feu — une stratégie coordonnée qui tient compte des réalités d’un climat en évolution. Cette stratégie devra reconnaître l’interdépendance entre la santé des forêts, la résilience des collectivités, la protection de la biodiversité et l’action climatique, tout en appuyant le leadership autochtone, la conservation, la recherche et un aménagement forestier adapté à chaque territoire. Elle devra aussi établir clairement des mécanismes de mise en œuvre et de reddition de comptes, tout en tenant compte de la diversité des territoires menacés par les feux de forêt au Canada.
Une voie d’avenir proprement canadienne

Le Canada dispose déjà des connaissances et de l’expertise nécessaires pour bâtir un avenir plus résilient. Les nations autochtones, le milieu de la recherche, les organismes de conservation, les communautés et les gouvernements apportent déjà des solutions; ce qu’il faut maintenant, c’est le leadership et la volonté nécessaires pour les réunir.
Nous avons besoin d’une véritable approche canadienne qui s’appuie sur la science, le leadership autochtone et les connaissances locales en vue de réduire les risques et de prévenir les catastrophes tout en favorisant la biodiversité, l’action climatique et le bien-être des communautés.
La SNAP Canada contribue à faire avancer cette conversation grâce à ses recherches, à ses initiatives de sensibilisation et à son plaidoyer politique. La question n’est plus de savoir si des changements sont nécessaires, mais si le Canada est prêt à agir avec l’urgence et la coordination qu’exige la situation.