Les baleines ont besoin de nous

Groupe de bélugas légèrement visibles à la surface de l’eau.
Photo : Jocelyn Praud

Côtes et océan

Par Alex Friedman, coordonnatrice nationale de la conservation du programme Océans |

L’avenir de ces baleines est entre nos mains

Imaginez la vie d’une baleine. Voyez-vous un géant paisible qui nage dans l’immensité de l’océan? Pour la plupart des baleines qui fréquentent les eaux canadiennes, la réalité est bien plus périlleuse. Elles doivent éviter les engins de pêche, composer avec le vacarme des activités industrielles sous-marines, parcourir des distances toujours plus grandes pour trouver de la nourriture et partager leur habitat avec un trafic maritime de plus en plus dense.

Plus de 50 % des baleines du Canada sont en péril, et cette proportion risque fort d’augmenter si le gouvernement fédéral adopte de nouvelles lois permettant de contourner la réglementation environnementale et intensifie l’exploitation industrielle de nos côtes et de nos océans. Si le Canada veut éviter que la situation des baleines ne se détériore davantage, il doit renforcer la protection des océans et empêcher que des zones marines vulnérables ne deviennent des autoroutes à pétroliers.

À la fin septembre, le gouvernement fédéral a annoncé le renouvellement du financement de mesures de gestion des océans, un pas dans la bonne direction qui contribuera à protéger les baleines du Canada. Ce financement prévoit notamment des ressources pour surveiller le bruit sous-marin et intervenir en cas de déversement d’hydrocarbures. Ces mesures jouent un rôle essentiel pour limiter les effets néfastes des activités industrielles, mais elles ne sont pas une panacée : pour que les baleines puissent s’épanouir et non simplement survivre, il faut aussi protéger les habitats contre l’ensemble des menaces. Faites-vous entendre.  

Photo officielle de Alex Friedman

Bonjour, je suis Alex, coordonnatrice nationale de la conservation du programme Océans. Avant de me joindre à la SNAP Canada, j’ai travaillé dans le domaine de la protection des baleines. De la côte Ouest à la côte Est, sur un bateau comme derrière un bureau, j’ai appris que ces géants marins ont besoin d’espace pour se nourrir, socialiser, allaiter, dormir, jouer et chanter. En particulier, ils ont besoin d’espaces sûrs.

En juin dernier, j’ai participé à la série d’ateliers « Les baleines font partie de notre nature » à Ottawa pour entendre le point de vue de spécialistes — notamment des gardiens et gardiennes autochtones, des environnementalistes et des fonctionnaires — sur les moyens de mieux protéger les baleines au Canada alors qu’un assouplissement de la réglementation environnementale se profile à l’horizon.

D’un atelier à l’autre, un message clair s’est imposé : pour mieux protéger les baleines, le financement doit non seulement être accru, mais il doit aussi appuyer des travaux holistiques à long terme.

  • Un financement accru : un financement pluriannuel est essentiel pour mener des travaux efficaces, fondés sur l’approche à double perspective et mobilisant véritablement les nations autochtones.
  • Un financement bien ciblé : la surveillance est utile, mais l’objectif n’est pas de surveiller le déclin d’une espèce jusqu’à son extinction. Le Canada doit financer des initiatives qui assurent une protection directe des espèces, comme des programmes de gardiens et gardiennes autochtones dotés de ressources suffisantes.

L’importance de populations de baleines en bonne santé

Un groupe d’orques au large de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, au Canada
Photo : Groupe d’orques au large de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique — par Ronny Bas

Protéger la santé des populations de baleines, c’est aussi préserver les écosystèmes et les communautés qui leur sont associés.

En Colombie-Britannique, l’épaulard résident du Sud est considéré comme une espèce parapluie : protéger cette population et son habitat profite aussi à de nombreuses autres espèces et contribue à la santé de l’écosystème marin. Sur la côte Est, la baleine noire occupe une place importante dans les cultures des nations micmaques, passamaquoddy et malécites, en plus de jouer un rôle écologique en contribuant à la santé de l’écosystème.

Nos mesures de protection fragmentées ne suffisent pas

Alex Friedman sur un bateau au milieu d’un lac et allant à quelque part.
Photo : Alex Friedman

Le Canada s’appuie actuellement sur un ensemble de mesures fragmentées visant à atténuer certaines menaces qui pèsent sur des espèces en voie de disparition, comme l’épaulard résident du Sud et la baleine noire. Par exemple, les navires doivent ralentir dans certaines zones afin de limiter les risques de collision, tandis que des fermetures dynamiques de zones de pêche sont mises en place pour réduire les risques d’emmêlement dans les engins de pêche.

Puisqu’elles ciblent un nombre limité d’espèces ou de menaces, ces mesures ne suffisent pas à protéger l’ensemble de l’écosystème ni les habitats essentiels à la survie et au rétablissement des baleines. En privilégiant plutôt la protection des habitats essentiels à la survie des baleines, on contribuerait également à préserver l’ensemble de la vie marine, notamment d’autres espèces de cétacés et de poissons.

Les aires marines protégées offrent aux baleines des refuges où elles peuvent s’épanouir, dans un océan autrement saturé d’activités industrielles.

Certains de ces refuges existent déjà. Créée en 2004 au large de la Nouvelle-Écosse, la zone de protection marine du Gully a contribué au rétablissement de la population de baleines à bec communes — une espèce en voie de disparition — grâce à la réduction du trafic maritime et de la pêche commerciale dans la zone.

D’autres projets d’aires marines protégées ont besoin de votre soutien. Leur création contribuerait à protéger les baleines et leurs habitats partout au pays.

Agrandissement du parc marin du Saguenay – Saint-Laurent (PMSSL)

  • L’expansion proposée du port de Montréal à Contrecœur augmenterait le trafic maritime sur le fleuve Saint-Laurent et menacerait des espèces déjà en voie de disparition, dont le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent.
  • L’agrandissement du PMSSL permettrait de presque quadrupler la superficie du parc marin et d’englober la totalité de l’habitat estival essentiel des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent. Les retombées touristiques profiteraient à un plus grand nombre de communautés, tandis que la protection s’étendrait à encore plus d’espèces et d’habitats côtiers.

Projet de réserve d’aire marine nationale de conservation (AMNC) du Détroit-de-Georgia-Sud

  • Premier grand projet désigné d’intérêt national, le pipeline Pacific Link fera l’objet d’une évaluation environnementale accélérée. Conjuguée à l’agrandissement du terminal de Roberts Bank, l’augmentation considérable du trafic de pétroliers dans la mer des Salish menacera les épaulards et d’autres espèces marines.
  • La population d’épaulards résidents du Sud ne compte plus que 75 individus, et la protection de leur habitat essentiel est indispensable à leur survie. La création de la réserve d’AMNC du Détroit-de-Georgia-Sud contribuerait à préserver un écosystème marin extrêmement productif, qui abrite cette population ainsi que des milliers d’autres espèces marines.

Projet d’AMNC de l’Ouest de la baie d’Hudson

  • Le projet « Port de Churchill plus », qui a été soumis au Bureau des grands projets, entraînerait une hausse du trafic maritime et aggraverait ainsi les menaces qui pèsent sur la vie marine de la région.
  • Churchill est une destination touristique de premier plan pour l’observation des ours polaires, des bélugas et des oiseaux. La création de l’AMNC de l’Ouest de la baie d’Hudson est essentielle pour protéger cet habitat arctique fragile et préserver un environnement sain où la faune tout comme la communauté de Churchill pourront s’épanouir.
Une orque femelle de la population des résidents du Sud, bondissant hors de l’eau dans le nord-ouest du Pacifique, au Canada.
Une orque femelle de la population des résidents du Sud dans le nord-ouest du Pacifique — Photo : Thomas

Les aires marines protégées servent notamment à préserver les habitats essentiels des baleines et, tout comme les parcs nationaux terrestres, elles nécessitent un financement suffisant et une gestion adéquate. La récente annonce d’un financement de 1,2 milliard de dollars et celle, au printemps dernier, d’un investissement de 258,1 millions sur cinq ans témoignent de progrès en matière de protection des baleines. Toutefois, dans le même temps, des initiatives comme les projets de loi C-5 et C-39 permettent à de grands projets d’exacerber les menaces qui pèsent sur les baleines et la vie marine. Pour protéger les baleines, le Canada doit créer davantage d’AMP dotées d’un financement adéquat, plutôt que de poser des pansements d’un côté tout en sabrant dans la réglementation environnementale de l’autre.

Allez-vous prendre la défense des baleines ou laisser leur sort au hasard?

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