Si j’avais à décrire 2015 en un mot, je dirais « surprenant ».


En janvier, si vous m’aviez dit que la région de Castle Wilderness, en Alberta, allait finalement être protégée après des années d’efforts… j’aurais pensé que vous n’aviez pas toute votre tête. Si vous m’aviez dit que le gouvernement de la Colombie-Britannique tiendrait des consultations en vue de la création d’un parc national à South Okanagan… j’aurais dit que vous rêviez en couleur. Et si vous m’aviez dit que l’habitat des formidables récifs d’éponge siliceuse (les dinosaures de l’océan) allait être protégé des activités de pêche, j’aurais été d’avis qu’il s’agissait d’un objectif trop ambitieux pour être concrétisé en 2015.

Pourtant, tout cela s’est produit en 2015, en plus d’autres réussites qui sont le fruit d’années de travail de la SNAP. Au Québec, la région de la rivière Broadback, une magnifique superficie terrestre de 500 000 hectares, est maintenant protégée. Un processus de réintroduction du Bison a été amorcé au parc national Banff, d’où l’espèce avait disparu il y a près d’un siècle. Des progrès importants ont également été accomplis en vue de la création du Parc national Qausuittuq, au Nunavut, et du parc national des monts Mealy, au Labrador. Sans oublier l’aire marine nationale de conservation du lac Supérieur, dont la superficie protégée couvre 10 000 km2 d’eau douce.

Nous avons combattu activement les projets d’infrastructures inappropriés dans nos parcs : des établissements d'hébergement commercial au lac Maligne dans le parc National Jasper (notre cause a été entendue en Cour en octobre); l’agrandissement de la station de ski au parc National Banff (juste avant les élections fédérales); la gigantesque statue mère Canada, dans le parc National du Cap-Breton; et un projet farfelu d’aménagement d'un sentier de motoneige au mont Carleton, dans l’un des parcs provinciaux les plus emblématiques du Nouveau-Brunswick.

Nous avons accueilli favorablement la création du premier parc national urbain du Canada, près de Toronto; toutefois, nous avons été déçus de la législation qui créera un précédent. En fait, la conservation n’est pas la priorité absolue du parc urbain national de la Rouge, mais nous œuvrons déjà à changer cette réalité. Nous sommes d’ailleurs optimistes de pouvoir y parvenir, notamment après l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement qui attache de l’importance à la conservation.

Nous avons également remporté une importante victoire devant les tribunaux pour assurer la protection du bassin hydrographique de la rivière Peel, au Yukon; mais avons été déçus de la résolution qui permet au gouvernement du territoire de relancer le processus d’aménagement du territoire, et ce, sans tenir compte de la participation des Premières Nations au processus jusqu’à maintenant. Par conséquent, nous porterons la décision en révision judiciaire devant la Cour suprême.

Nous avons eu également quelques bonnes nouvelles pour le caribou, une espèce menacée. En Alberta, le gouvernement a imposé une suspension de la vente de droits d’exploitation énergétique à l’intérieur de l'habitat du caribou. Au Manitoba, le gouvernement a annoncé l’adoption d’une stratégie de rétablissement du caribou et de mesures de protection de son habitat. En Saskatchewan, les sociétés forestières sont maintenant tenues de présenter des plans visant à laisser intactes de larges portions de l’habitat forestier du caribou dans la province. Les progrès accomplis en matière de rétablissement de l’espèce demeurent lents, mais notre dernière revue sur le caribou présente tout de même quelques lueurs d'espoir.

Au bout du compte, nous savons que les campagnes individuelles visant des endroits précis ne sont pas suffisantes. Il nous faut donc cibler une approche de conservation à grande échelle. C'est pourquoi nous continuerons à pousser les gouvernements fédéral, provinciaux et  territoriaux à satisfaire, voire dépasser, l'objectif de protéger au moins 17 % des milieux terrestres et 10 % des milieux marins d'ici 2020. Il s’agit là d’un jalon important dans la protection d’au moins la moitié des espaces naturels du Canada dans les années à venir.

Nous avons constaté avec satisfaction que le nouveau gouvernement fédéral avait écouté nos conseils. En fait, dans le cadre de sa plateforme et dans les lettres de mandat des ministres, il s’est engagé à travailler en vue de la réalisation de ces objectifs. Il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle, seulement 10 % de nos milieux terrestres et 1 % de nos océans sont protégés. Il va donc sans dire que l’atteinte de ces objectifs nécessitera beaucoup d’efforts au cours des prochaines années. J’espère que vous avez eu l’occasion de consulter le rapport que nous avons publié plus tôt cette année sur la performance du Canada en matière de conservation des milieux terrestres, ou bien nos rapports sur les océans intitulés Tracer un chemin pour le Canada vers son objectif 2020 et Les aires marines protégées du Canada sont-elles vraiment « protégées »? et publiés respectivement en 2014 et 2015. Soyez assurés que nous offrirons notre soutien et collaboration aux décideurs afin d’aider à la concrétisation de ces objectifs. Fait important à souligner, c’est l’appui de nos donateurs et de nos partisans qui nous permet d’en faire autant.

On aura beaucoup à faire en 2016, que ce soit pour œuvrer à l’établissement de nouveaux parcs ou bien pour contrer les menaces qui guettent nos parcs actuels. Malgré la besogne qui nous attend, je pense que le moment est propice aux rêves. Voici d’ailleurs quelques-uns que j’aimerais voir concrétisés en 2016, avant la rédaction de mon blogue de fin d’année.

Milieux terrestres Milieux aquatiques
La fin officielle des développements commerciaux inappropriés dans nos parcs nationaux L’établissement de nouvelles aires protégées dotées de grandes superficies sur les trois côtes
L’établissement d’une zone tampon autour du parc national du Gros-Morne Une entente entre les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et autochtones pour travailler ensemble en vue de protéger 10 % des océans d’ici 2020
Une protection efficace et des plans par aires de répartition solides pour le caribou forestier dans tout le Canada La protection définitive de l’AMP des récifs d’éponges siliceuses du détroit d’Hécate grâce à des règlements rigoureux
L’établissement de limites en fonction de dispositions juridiques et de mesures de protection formelles visant le parc de la Gatineau en dehors de la région d’Ottawa L’approbation par le gouvernement fédéral du partenariat de planification marine visant le réseau d’AMP de la côte nord du Pacifique
La conservation établie comme priorité absolue au parc urbain national de la Rouge  L’établissement de l’AMP du banc de Saint-Anne en tenant compte des mesures de conservation rigoureuses convenues lors des consultations auprès des intervenants
L’établissement et l’élargissement d’aires protégées et de parcs nationaux à l’échelle du pays L’Interdiction des activités pétrolières et gazières dans la zone destinée à l’AMP du chenal Laurentien
La désignation de Thaidene Nene en tant que parc national et territorial La mise en place d’un plan d’action pour l’établissement d’un réseau d’aires marines protégées pour la baie de Fundy
La protection officielle du bassin hydrographique de la rivière Peel au Yukon La protection de la rivière Magpie au Québec

 

Il y a bien d’autres objectifs que j’aimerais voir atteints… mais disons que c’est un bon début. D’après moi, ces rêves peuvent devenir réalité grâce au travail de notre équipe remarquable de professionnels voués à la conservation à l’échelle du Canada, à la volonté de nos politiciens et, surtout, au soutien de partisans comme vous. Permettez-moi d’ailleurs de vous encourager à faire un don à la SNAP ou bien à adhérer à notre programme de dons mensuels. Votre soutien sera essentiel à l’atteinte de nos objectifs de conservation en 2016.

Je termine en vous souhaitant une nouvelle année formidable, remplie de bonheur, de paix et d’accomplissements.